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HISTOIRE

L'ECONOMIE POLITIQUE

EN EUROPE.

HISTOIRE

^

L'ÉCONOMIE POLITIQUE

EN EUROPE,

DEPUIS LES ANCIEnS JUSQU'A NOS JOURS,

rai sonnée des i d'kconomie politique.

M. BLAIVQUI aîné,

Deuxième Edition,

PARIS,

GUILLAUMIN, LIBRAIRE,

Ëdileur du Diclionnaire du Commerce et dei Marchandises,

KT DK u coi.i.BCTia!« UEB pbi:mcipaiix ^cono!iu«ie»,

(•Icrie de la Bourte, 3, pattage dei Panoramai.

1842.

HISTOIRE

DE

L'ÉCONOMIE POLITIQUE.

CHAPITRE XXVII.

De Téconomie politique sous Louis XIY. Ordonnances du commerce. —De la marine. Des eaux et forêts. Code noir. Conseils de prud'hommes. Lois sur les pauvres. Fon- dation des hospices d'enfans-trouvés. Création de compa- gnies commerciales. Opinion des économistes contempo- rains : Vauban, Boisguilbert, Tabbé de Saint-Pierre.

Si, comme récrivait naguère un de nos hommes d'état', « les lois sont toujours le monument le plus important et le plus instructif pour Thistoire, » il n'est pas de législation plus intéressante pour l'é- conomie politique que celle du règne de Louis XIY . Nous avons déjà fait connaître la pensée domi- nante du grand ministre auquel ce règne a tant

' M. Thiers, article Law, de ÏEncyclopédie progressive.

6 HISTOIRE

d'éclat; il est temps de signaler les actes qui en furent l'expression, et dont l'ensemble compose le plus bel édifice qui ait été élevé par aucun gou- vernement à la science économique. Seul, en effet, au milieu des ruines du passé, cet édifice est de- meuré debout; et il plane encore de toute sa hau- teur sur nos institutions , qui n'ont pas perdu, malgré le choc des révolutions, l'empreinte de son imposanteoriginalité. C'est à Colbert qu'appartient l'honneur d'en avoir doté la France , et d'avoir compris le premier, dans toute leur étendue, les ressources de la production. Sully avait voulu maintenir la France dans les limites étroites d'un système exclusivement agricole et patriarcal ; il s'était opposé de toutes ses forces au développe- ment des manufactures, et il n'avait vu dans le commerce qu'une chance dangereuse d'exporta- tion pour les espèces. L'austérité de son économie politique s'était perpétuée sous le règne même de Louis XIII, par des réglemens somptuaires et des ordonnances d'un caractère hostile au progrès des richesses. Colbert ouvrit la carrière au travail na- tional d'une manière régulière et savante, et nous ne saurions douter que sa législation ait devancé d'un siècle au moins les théories de l'économie politique moderne. Par lui, la France agrandit ses frontières et se mit en relation avec le monde; elle cessa d'être exclusivement agricole, et elle s'en-

DE l'Économie politique. 7

richit tout à la fois de la valeur nouvelle donnée à son territoire et à ses habitans.

Cette époque demeurera éternellement célèbre dans les annales de la science, parce qu'elle a dé* montré l'union intime du progrès matériel et du progrès social. Que d'existences commerciales ont leur origine à ces belles ordonnances sur la marine, sur le négoce, sur les manufactures, dont Golbert était le dispensateur et l'organe! Quand on les étudie avec attention, il est facile de reconnaître qu'elles ont suscité à l'aristocratie foncière une ri- valité formidable, en donnant à tous les citoyens la facilité de s'élever à la fortune par la seule in- fluence du travail. Les forces de la nation en ont été doublées , et Louis XIV a pu , durant les longues années de son règne, élever notre pays au premier rang des puissances ; heureux s'il n'avait point abusé des ressources immenses accumulées par son ministre! Notre temps, si fertile en essais ha- sardeux, n'a rien qui puisse être comparé à la har- diesse des^ créations de cette époque; on les dirait toutes fondues d'un seul jet, tant elles sont sage- ment coordonnées entre elles et dirigées vers un but identique.

C'est premièrement la situation des pauvres qui attire les regards de l'autorité. Tandis qu'en An- gleterre on les fustigeait, on les mutilait sous les auspices des lois draconiennes de Henri YIII,

8 HISTOIRE

Golbert faisait rendre un édit pour établir à Paris une maison de refuge les indigens devaient être reçus comme membres vivans de Jésus-Christ , et non pas comme membres inutiles de l'état ' . Un autre édit de juin 1662 veut qu'il soit fondé un hôpital en chaque ville et bourg du royaume pour les pauvres malades, mendians et orphelins, qui y seront ins- truits aux métiers dont ils pourront se rendre capables. Des primes d'encouragement sont accordées aux compagnons qui épouseront des orphelines de Fhospice de la Miséricorde : le roi veut , dans ce cas, qu'on leur accorde la maîtrise sans frais. Les ordonnances rendues sous son règne témoignent des efforts constans de ce prince pour extirper de ses états le fléau delà mendicité, grave question de tous les âges, et que le nôtre n'a su résoudre encore qu'en emprisonnemens et en poursuites! En même temps, la sollicitude du pouvoir établis- sait les premières maisons d'enfans-trouvés ', de- venues depuis lors des asiles plus meurtriers pour l'enfance que ne le serait l'abandon même ; et notre progrès se borne encore à compter les vic- times * !

* Édit d'avril 161$6, dans la Collection d'Isamberty tom. XVII,

p. 526.

« Édit de juin 1670.

' M. Mac CuUoch rapporte que dans Thospice des enfans- trouvés de Dublin, sur 12,786 enfans exposés , il y eut 12,561

DE l'Économie politique. 9

J'ai dit ce qu'avait fait Colbert pour les manu- factures. Il a poussé trop loin la manie réglemen- taire, et nous avons peine à comprendre aujour- d'hui ce luxe de peines appliquées aux erreurs de la^hitnie ou de la mécanique, comme si elles étaient des attentats à la morale. Cependant une telle ri- gueur était peut-être nécessaire au succès de l'in- dustrie, comme la sévérité de la règle aux commu- nautés naissantes; et Colbert Ta rachetée par tant de bienfaits qu'on éprouve beaucoup d'embarras à la lui reprocher. Il lui sembla que la discipline des ateliers était le plus sûr moyen de les défendre contre les périls de la concurrence étrangère , et il sut l'y maintenir avec une sévérité inflexible. Ainsi se répandait par toute l'Europe la bonne re- nommée des produits français, et leur supériorité ne tarda point à être constatée sur les marchés du monde. L'industrie française commença par des chefs-d'œuvre la carrière brillante qu'elle n'a cessé de parcourir, et nous vivons encore des traditions glorieuses de son illustre fondateur. Une impul- sion supérieure et unique présidait sur toute la surface du pays aux mouvemens de la production, disciplinée comme une armée, et si quelquefois le génie individuel a rencontré des obstacles dans la sévère uniformité des réglemens, la masse des

morts, en moins de six années, de 1791 à 1797. (Principles of political economy^ p. 252, édition de 1850.)

10 ^ HISTOIRE -^

travailleurs a beaucoup gagné à leur promulgation. Tout se tenait d'ailleurs dans les vues générales, de Colbert. Son génie protégeait d'une sollicitude commune les intérêts de l'agriculture, de l'indus- trie et^du commerce. C'est sa véritable gloirj^, et tandis que nous dissertons encore sur l'impor- tance relative de ces trois principaux élémens de la prospérité publique , il en encourageait avec une égale ardeur toutes les branches. La décla-. ration du 25 janvier 1671 défendait de saisir les bestiaux du fermier ', comme Sully avait interdit la saisie des instrumens du labourage. L'ordon- nance de juillet 1656 prescrivait le dessèchement des marais. Un arrêt du conseil, du 17 octobre 1665, portant rétablissement des haras, jetait les bases de cette institution tout agricole, dont nous aurions retiré depuis long-temps d'heureux fruits, si toutes les administrations avaient été pénétrées de l'esprit de son auteur. Eniin le magnifique édit sur les eaux et forêts ', qui coûta huit années de travaux à Colbert, est devenu la base de notre Code forestier. Mais il ne sufQsait pas d'aplanir les difficultés naturelles delà production agricole : de quoi lui eût servi cette fertilité nouvelle , dé- pourvue de débouchés pour la vente des produits.

* « Il ne voulait pas, dit Necker, que le malheur fût puni par rimpuissance de le réparer. » «Août 1669.

DE l'Économie politique. 11

Goibert avait songé à l'importance des routes, et il les fit réparer avec tout le luxe de ressources que lui permettait la fortune de la France. L'ou- verture du canal des deux mers , le projet du ca- nal de Bourgogne et toutes ces lignes hardies , si savamment tracées depuis sur la carte de notre pays, sont des témoignages frappans de sa solli- citude à cet égard. Ses prédécesseurs semblaieni n'avoir songé qu'à isoler tes provinces françaises entre elles, et la France du reste de l'Europe : Goi- bert eut pour système d'abaisser les barrières et de multiplier les transactions. Dans l'industrie, il crée les conseils de prud'hommes; pour le com- merce, il publie successivement sa déclaration ' sur le fait et négoce de la lettre de change, et son im- mortelle ordonnance de mars 1673, notre premier Code de commerce; mais c'est surtout la naviga- tion qui lui doit les services les plus éminens. Avant V ordonnance de la marine ' SY^\ en fixa pour

* 9 janvier 1664.

* Je me borne à citer le préambule de cette ordonnance pour donner une idée de la manière large et hardie dont Colbert en- visageait toutes les questions :

« Louis, etc.

» Après les diverses ordonnances que nous avons faites pour régler par de bonnes lois l'administration de la justice et de nos finances, et après la paix glorieuse dont il a plu à Dieu de cou- ronner nos dernières victoires, nous avons cru que pour achever le bonheur de nos sujets il ne restait plus qu'à leur procurer Tabondance, par la facilité et Taugmentation du commerce, qui <*st une des principales sources de la félicité des peuples : et

12 HISTOIRE

la première fois, d'une manière précise, les rè^ gles essentielles , le commerce maritime était presque nul en France ; Colbert seul lui donna l'impulsion et la vie. Les compagnies des deux Indes, dignes émules des villes anséatiques , s'é- tablirent sous ses auspices. Une colonie , partie de La Rochelle, alla peupler Cayenne; une autre prit possession du Canada, et jeta les fondemens de Québec; une troisième s'établit à Madagascar. Le commerce du Levant fut ranimé , celui du Nord ouvert, celui des colonies étendu. La com- pagnie du Sénégal , d'abord organisée en mono- pole , vît bientôt son commerce tomber dans le domaine public, et le Code noir * fut la première

comme celui qui se fait par mer est le plus considérable , nous avons pris soin d'enrichir les c6tes qui environnent nos états, de nombre de havres et de vaisseaux pour la sûreté et la commo- dité des navigateurs qui abordent à présent dans tous les ports de notre royaume ; mais parce qu'il n'est pas moins nécessaire d'affermir le commerce par de bonnes lois, que de le rendre li- bre et commode par la bonté des ports et par la force des armes, et que nos ordonnances, celles de nos prédécesseurs, ni le droit romain, ne contiennent que très peu de dispositions pour la décision des différends qui naissent entre les négocians et les gens de mer, nous avons estimé que, pour ne rien laisser à dé- sirer au bien de la navigation et du commerce, il était important de fixer la jurisprudence des contrats maritimes, jusqu'à pré- sent incertaine , de régler la juridiction des officiers de Pami*- rauté , et les principaux devoirs des gens de mer , et d'établir une bonne police dans les ports, côtes et rades qui sont dans l'étendue de notre domination. A ces causes, etc. » Mars 1685.

DE l'égonomib politique. 13

eharte constitutionnelle de cette race infortunée que l'Europe éclairée devait affranchir un jour.

On ne sait ce qu'on doit le plus admirer, ou de Vensemble de cette vaste législation économique ou de la netteté des considérations sur lesquelles ses arrêts étaient motivés. Colbert prenait soin de s'entourer de tous les hommes versés dans les matières sa main vigoureuse allait porter la ré- forme ; il les interrogeait , écoutait leurs objec- tions, modifiait très souvent sa pensée d'après la leur. Il faisait planter une pépinière dans le fau- bourg du Roule, et il établissait des coches d'eau sur la Seine. Il créait la petite poste * , et il per- fectionnait la grande; il creusait la rivière de Marne et il faisait de Dunkerque un port franc. Des ré- glemens, des édits , des déclarations , des lettres- patentes , des ordonnances eurent pourvu dans moins de vingt années à la solution de toutes les difficultés soulevées par le commerce des grains, du vin, du bois, du tabac, des métaux précieux. On eût dit que la France ne se connaissait point encore, et que le ministre de Louis XIV la révé- lait à elle-même , tant elle vit surgir de son sein d'usines importantes et des flottes nombreuses appareiller de ses ports. Quoique le grand Col- bert n'ait jamais eu l'occasion de formuler ses

* Mai 16i(5.

14 HISTOIRE

idées en sytème ' et de publier ce que, de notre temps, on appelle un programme, il est facile de reconnaître en lui un des novateurs les plus ré- solus dont l'histoire fasse mention. dans la classe laborieuse et parvenu par son mérite seul au faite des honneurs, il ne cessa jamais de tra- vailler à l'amélioration du sort du plus grand nom- bre, et le témoignage des écrivains contemporains fait foi des résistances qu'il eut le courage d'op- poser aux prodigalités de Louis XIV, La France était devenue si belle , avant que ce prince eût dévoré toutes les ressources dont Colbert l'avait enrichie'! Jamais on n'avait plus clairement re-

* Voici ce que dit à ce sujet Forbonnais , son meilleur his- torien :

« Quoique la communication de ce qui reste des papiers de » ce grand homme m'ait été accordée pai* sa famille ^ on serait » surpris du peu de secours que j'en ai tiré. Quelques projets » d'état des dernières années, des apostiHes très courteâ et par » observations, ne pouvaient contenter qu'une partie de ma eu- » riosité. C*est son esprit que je voulais connaître , et le seul » monument qui en reste est consacré en deux feuilles écrites à » mi-page, en forme de notes. Les édits , ordonnancés et arrêts » rendus sur les matières économiques aai été ma seoie res- » source. » {Considérations sur les finances de France^ tome I, page 271.)

' Colbert s'en exprimait en termes vifs au roi lui-même , dans un mémoire dont j'extrais ce passage :

« A l'égard de la dépense , quoique cela ne me regarde en » rien^ je supplie seulement votre majesté de me permettre de » lui dire qu'en guerre et en paix elle n'a jamais consulté ses fi- 9 nances pour résoudre ses dépenses , ce qui est si extrâOrdi-

DE l'Économie politique. 15

connu ce ([ue peut le génie d'un grand peuple, quand il est gouverné par des hommes dignes de le comprendre et de le diriger.

Aussi, même après les revers qui suivirent la vieillesse du roi , même après la révocation de redit de Nantes, la France ne descendit point sans retour du rang élevé qu'elle s'était acquis. Ce fut sans doute uncoup horrible pour elle queceluiqui lui enleva cinq cent mille de ses enfans les plus industrieux, car cette perte cruelle n'a jamais été réparée ; mais les habitudes d'ordre et de travail dont ils étaient imbus se répandirent dans toute l'Europe, et c'est ainsi que la grande rénovation opérée par Colbert cessa d'avoir le caractère étroit de nationalité que peut-être elle eût conservé. Chaque peuple reçut sa part des bienfaits de cet hommed'état; l'Allemagne, l'Angleterre, la Suisse, la Hollande recueillirent avec nos proscrits l'héri- tage de nos manufactures , et malheureusement celui des idées exclusives qui avaient présidé à leur établissement. Personne ne songea que Col-

» naire, qu'assurément il n'y en a pas d'exemple; et si elle vou- » lait bien se faire représenter et comparer les temps et les » années passés , depuis vingt-cinq ans que j'ai l'honneur de la > servir, elle trouverait que quoique les recettes aient beaucoup » augmenté, les dépenses ont de beaucoup excédé les recettes; » et peut-ê^e que cela convaincrait votre majesté à modérer et » retrancher les excessives, et mettre par ce moyen un peu plus » de proportion entre les recettes et les dépenses. »

16 HISTOIRE

bert n'avait entendu accorder à l'industrie qu'une protection provisoire , pour lui donner le temps de grandir et de se consolider. On chercha le progrès dans la prohibition, tandis qu'il le vou- lait par la concurrence , et la prohibition dure encore, sous des formes plus ou moins restricti- ves, parce qu'il est plus facile d'exclure des rivaux que de les surpasser. Voilà comment le système de Colbert est devenu européen; mais il n'a été fatal à la France que parce qu'il l'a exposée aux représailles de ses voisins, au moment même la révocation de l'édit de Nantes laissait notre in- dustrie désarmée. Colbert avait semé : l'étranger recueillit.

On ne saurait attacher trop d'importance à l'é- tude de ces faits, sans laquelle l'histoire de l'éco- nomie politique sous Louis XIV serait inexplicable. Colbert lui-même fut réduit plus d'une fois à défaire son propre ouvrage , par le malheur des temps et par la nécessité de suffire aux exigences des événemens. Le numéraire, que ses tarifs avaient pour but de retenir en France, en sortit par millions pendant la longue persécution des protestans, et avec eux la plupart de nos arts dont ils emportaient le secret : nous perdions ainsi tout à la fois d'immenses capitaux ' et les industries

' Macpherson {Annales du Commerce^ tome 11 , page 617)^

V

DE l'Économie politique. 17

capables de nous dédommager de leur perte. C'est de ces temps calamiteux que date Torigine des plus brillantes manufactures étrangères et cette soif de monopoles qui caractérise le système mer- cantile. Il y eut un moment l'on ne faisait plus d'autres livres que pour démontrer l'avantage d'accaparer le numéraire et le danger de le laisser sortir^ Les Hollandais même , devenus manufac- turiers, proclamèrent avec ardeur le régime des prohibitions, et les écrivains, contemporains, de la Grande-Bretagne, ne parlent que des inconvé- niens de l'échange, toutes les fois qu'il se résout pour leur pays en exportations d'espèces. « Le moyen le plus sûr d'enrichir la nation, écrivait Thomas Mun ' , est de vendre chaque année aux étrangers plus de marchandises que nous ne con- sommons des leurs. » Lord Davenant, sir Josuah Ghild, sir Jandes Stcuart, ses compatriotes, Melon et Forbonnais en France , Genovesi et son école en Italie, Ustariz en Espagne ont tenu le même langage et il n'est pas surprenant que l'Europe entière ait sanctionné des préjugés empreints d'une certaine couleur de patriotisme.

La puissance irrésistible des principes modifia néanmoins, même à son origine , cette tendance

évalue à près de cent millions de francs les richesses métalliques importées en Angleterre par les réfugiés. ' England*ê treasure by foreign trade^ page li.

DEUXIÈME ÉDITION. ti

18 HISTOIRK

exclusive des gouvernemens en matière d'indus- trie. Nous les voyons presque tous tempérer par des traités de commerce, c'est-à-dire par une véritable concession de privilèges, la rigueur des nouveaux tarifs. On dirait qu'ils éprouvent le besoin de se dédommager mutuellement du tort que le système prohibitif ne peut manquer de leur causer. Et déjà, sous Louis XIV, ce n'était pas seulement sur de telles questions qu'on es^ sayait la controverse ; l'économie politique abor- dait des discussions plus hautes et plus périlleu- ses. Les prodigalités de la fin de ce règne avaient porté au comble la misère publique. Tout ce que le génie de Golbert avait créé de ressources était épuisé. Lui-même était obligé de recourir à des expédiens oppressifs pour suffire aux exigences de son maître, et plus d'une fois, le désespoir dans l'âme , il avait augmenté des taxes contre lesquelles son cœur et sa raison protestaient également : « Il faut épargner cinq sous aux cho- ses non nécessaires, disait-il à Louis XIY, et jeter lés millions quand il est question de l'intérêt ou de la gloire du pays. Un repas mutile de 3,000 /t- x>re$ me fait une peine incroyable , et lorsqu'il est question de millions d'or pour la Pologne, j'en- gagerais ma femme et mes enfans et j'irais à pied toute ma vie pour y fournir. » Tel était l'homme dont un peuple aveuglé troubla les fu-

DE L'KGONOMIE politique. 19

Dérailles et qu'il fallut ensevelir de nuit à Saint- Eustache, comme un ennemi public.

Mais ce noble héritage de franchise fut re- cueilli après sa mort, et il se trouva des voix gé- néreuses qui osèrent prendre la défense des principes^ et>des peuples. Le maréchal de Yâuban n'hésita point à faire entendre, dans son Prcjet d'uM Dmie royale, d'austères mérités * : « Par toutes les recherches que j'ai pu faire, disait-il^ depuis plusieurs années que je m'y applique, j'ai fort bien remarqué que dans ces derniers temps près de la dixième partie du peuple est réduite à la mendicité et mendie effectivement; que des neuf autres parties il y en a cinq qui ne sont pas en état de faire l'aumône à celle-là, parce qu'eux- mêmes sont réduits, à très peu de chose près, à cette malheureuse condition; que des quatre autres parties qui restent, trois sont fort malai- sées et /embarrassées de dettes et de procès, et que dans la dixième, je mets tous les gens d'épée, de robe, ecclésiastiques et laïques, toute la noblesse et les gens en charge militaire et ci- vile, les bons marchsinds, les bourgeois rentes et les accommodés, on ne peut pas compter sur

' On verra dans la bibliographie raisonnée qui termine cet ouvrage, les motifs sur lesquels je me suis fondé pour recon- naître le maréchal de Vanban comme Taateur véritefble de la JHme rùyale^ fai}ssement attribuée à Boisguilbert.

20 HISTOIRE

cent mille familles, et je ne croirais pas mentir, quand je dirais qu'il n'y en a pas dix mille peti- tes ou grandes, qu'on puisse dire être fort à leur aise. *

Le maréchal de Yauban avait été frappé, com- me Colbert , de l'inégale répartition des taxes , qui était le plus grand fléau de son temps, et il déplorait l'abus des privilèges en vertu- desquels les classes les plus riches étaient exemptes d'im- pôts. Il lui vint à l'idée que les revenus, obtenus à si grands frais, des peuples, pouvaient être avantageusement remplacés par une contribution foncière, unique, générale, proportionnellement égale, Gxée au dixième des revenus en nature pour les fruits de la terre , en argent pour les autres biens, et qu'il nommait par cette raison la Dimê royale.

On trouve de nombreux rapports entre ses vues économiques et celles que Turgot devait faire prévaloir un demi-siècle plus tard. Il de- mandait la suppression des douanes intérieures et l'abaissement des tarifs sur les produits étran- gers; une réduction de moitié sur l'impôt du sel et Tabolition des impôts indirects, y compris la dime ecclésiastique. Il y avait dans son projet de réforme beaucoup d'améliorations impratica- bles ; mais les maximes fondamentales sur les- quelles il était appuyé lionorent tout à la fois son

DE l'Économie politique. 21

jugeiûent et son caractère : <r Aucun état, disait- il, ne peut se soutenir, si les sujets ne le sou- tiennent. Or, ce soiuim comprend tous les besoins de l'état auxquels, par conséquent, tous les su- jets sont obligés de contribuer. De cette néces- sité il résulte : premièrement , une obligation naturelle aux sujets de toute condition de contri- buer à proportion de leur revenu ou de leur in- dustrie, sam qu'aucun d'eux s'en puisse raisonna^ blement dispenser; deuxièmement^ qu'il suffît, pour autoriser ce droit, d'être sujet de cet état ; troisièmement, que tout privilège qui tend à l'exemption de cette contribution est injuste et abusif, et ne peut ni ne doit prévaloir au préju- dice du public. »

Mais ce n'est pas seulement dans ces générali- tés linancières que brille la raison supérieure de Vauban ' et son amour ardent de l'humanité ; on retrouve dans les moindres^ détails l'administra- teur habile et l'économiste éclairé. Il suffît de lire, dans sa Dime royale, le chapitre qu'il a con- sacré àf4'impôt du sel, se trouvent mêlées des considérations de la plus grande profondeur, aux détails les plus familiers et les plus populai- res. « Le sel, selon lui, est une manne dont Dieu a

* La plus belle analyse qu'on ait faite des idées de Vauban se trouve dans l'ouvrage de Stcuarl. {Recherches des principes de l'écmomie politique^ lis. \ y chap. a ^

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gratifié le genre humam, et sur lequel , par consé- quent, il semblerait qu'on n'aurait pas mettre d'impôt. » Puis il ajoute : « La cherté du sel le rend si rare, qu'elle cause une espèce de famine dans le royaume, très-sensible au menu peuple, qui ne peut faire aucune salaison de viande pour son usage, faute de sel. Il n'y a point de ménage qui ne puisse nourrir un cochon, ce qu'il ne fait pas, parce qu'il n'a pas de quoi avoir pour le sa- ler ; ils ne salent même leur pot qu'à demi et sou- vent point du tout. » Ne croirait-on pas, en lisant ces réflexions naïves , entendre un écrivain de l'antiquité? Et cependant le livre de Yauban est peu connu, quoiqu'il renferme les principales bases de la science économique, dont nous glo^ rilions chaque jour les modernes fondateurs.

Un autre économiste, également oublié, du siècle de Louis XIV, Pierre de Boisguilbert, a re- tracé sous les plus vives couleurs les souffrances et le$ besoins de ses contemporains, dans un écrit intitulé : Détail de la France sotiS Louis XIV. Il y signale sans ménagement les causes de la décadence dont les symptômes devenaient visi- bles à tous les yeux , et il insiste , comme Yau- baq, sur les iniquités d'une mauvaise répartition des taxes, contre laquelle le grand Golbert lui- même avait inutilement protesté^ Les douanes n'y sont pas plus épargnées que dans le livre de

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YaubaD : « Elles causent , dit-il , à peu près les mêmes effets que les aides, et plus de mal enoore, en bannissant les étrangers de nos ports et en les obligeant d'aller chercher ailleurs ce qu'ils ve- naient quérir chez nous, ou d'apprendre nos ma- nufactures en attirant nos ouvriers. » La même rectitude de jugement se iaisait^ remarquer, dans toutes les autres appréciations de l'état de la France à cette époque, état déplorable, qui arra- chait des larmes à tous les hommes généreux, et qui avait pénétré d'une égal^ inquiétude les éco- nomistes et les poètes, Boisguilbert et Yauban, Fénelon et Racine! Partout la population ne ces* sait de décrottre : « Le mçnu peuple est beau- coup diminué dans ces derniers temps , disait Yauban, par la guerre, par les maladies et par 1^ misère des dernières années , qui en ont fait mourir de faim un grand nombre ^i réduit beau- coup d'autres à la mendicité. »

On ne saurait disconvenir pourtant que le rè- gne de Louis XIY, tant décrié, n'ait Quvert la carrière à des réformes importante^ dans Tbis- totre de l'économie politique. L'industrie, sévè- rement organisée, fit naître des chefe-d'œuvre ^t doubla nos forces productives ; le commerce s'é- leva à une hauteur jusqu'alors inconnue sous l'empire des institutions fondamentales qui de- vaient en accroître la splendeur. Le toit du roi

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fut de dépenser plus d'argent que ne lui en fournissaient les impôts et d'empêcher la forma- tion des capUaux qui auraient complété l'œuvre de Colbert. Les profits étaient absorbés avant de naître , et déjà s'ouvrait , sous les auspices de Louvois 9 le gouffife des emprunts qui devaient changer la science des finances et perfectionner l'étude du crédit. La France était devenue un immense atelier, d'où nous voyons déjà poindre les quêtions de paupérisme, malgré le peu de développement des machines et les Obstacles op- posés à l'encombrement des industries, par le sjrstème des corporations. Le projet de paix per- pétuelle de l'abbé de Saint-Piéi^re , considéré comme une utopie, renferme une foule d'aperçus ingénieux sur ces difficultés sociales, et la grande école Économiste du dix-huitième siècle se révèle déjà tout entière dans ces paroles remarquables de Boisguilbert : « Bien que la magnificence et l'abondance soient extrêmes en France, comme ce n'est qu'en quelques particuliers, et que la plus grande partie est dans la dernière indi- gence, cela ne peut compenser la perte que fait l'état pour le plus grand nombre '. »

* Détail de la France sous Louis XI V^ chap. vu , 1" partie.

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CHAPITRE XXVIII.

Propagation du système mercantile en Europe , sous le nom de Colbertisme. Il est neutralisé par la contrebande. In- fluence de la; contrebande sur la solution des questions éco- nomiques.

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C'est à tort qu'on regarde Colbert comme le fondateur du système mercantile: nous avons vu que ce système, dont la prétention est de vendre toujours sans acheter jamais , venait des Espa- gnols et qu'il fut l'œuvre de Charles-Quint. On le connaissait déjà par toute l'Europe avant qu'il eût un nom, et Colbert n'en était pas partisan dans les premiers temps de son ministère, car toutes les ordonnances de cett^ époque étaient favorables à la liberté du commerce. C'est seule- ment quand il voulut donner une impulsion éner- gique à nos manufactures, qu'il réfléchit au parti qu'on pourrait tirer de la prohibition des pro- duits étrangers. Tous les fabricans intéressés à l'élévation du prix des marchandises devinrent , dès ce moment, ses a4ixiliaires et prirent avec ar- deur la défense d'un système qui leur assurait d'immenses bénéfices. En même temps , le fisc avait sa part des droits auxquels étaient assujé-

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tis les articles importés, et cette alliance contri- bua encore à fortifier le préjugé public. Personne n'aurait osé désapprouver un expédient assez heureux pour enrichir tout à la fois les particu- liers et l'état.

On ne reconnut point, en effet, sur-le-champ, la nature véritable du dommage causé au pays par l'adoption de ce système. On voyait de tou- tes parts s'élever des fabriques; le haut prix de leurs produits procurait aux chefs de l'industrie des profits considérables et multipliait leurs ca- pitaux par l'accumulation. Les manufactures françaises de soieries , de glaces , de draps , de tapis ne connaissaient plus de rivales, et l'Eu- rope entière était devenue leur tributaire ; mais il vint un moment les étrangers se mirent à user de représailles et à repousser les denrées françaises. Au tarif de 1667 , les Hollandais ré- pondirent, en 1671, par la prohibition des vins et des eaux-de-vie de France; et cette querelle, toute commerciale, n'en fut pas moins une des princi(>alcs causes de la guerre de 1672, puis- qu'il fallut adoucir les tarifs à la paix de Ni- m«\gU(>. Toutefois , la contagion avait gagné tous les |>ouplos , et les guerres de douanes n'ont ot>sS(^ d'aflligor le monde depuis cette époque.

lino autre oons<'H|uenco fâcheuse du système in^rtNiniilo ou rt>strici.if , co fui rasscrvisseaient

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absolu des travailleurs aux capitalistes , et Tac- croissement de la misère indiyfduelle en pré- sence de richesse générale. Ce terrible con- traste n'a cessé d'effrayer depuis lors les sociétés modernes. Une production artificielle et ardente a pris la place du travail régulier et paisible des temps antérieurs , et , par une contradiction étrange, on a restreint les moyens de vendre en limitant la faculté d'acheter. Le système mercan- tile est de l'idée fausse qu'un peuple s'enri- chit en exportant et s'appauvrit en important ; erreur fondamentale, dont les inconvéniens ont été mis désormais hors de doute par les écono- mistes de tous les pays. Simple historien, je ne retracerai point les débats mémorables qui se sont élevés sur cette grave question ; it me sutBra de rappeler que les complications dont elle est hérissée doivent leur origine aux privilèges pro- digués par Golbert à l'industrie française, et que l'industrie des autres nations s'est fait concéder à son tour.

Il y a lieu de penser que si les vraies lois de la production lui eussent été mieux connues, Golbert n'aurait entraîné ni son pays ni l'Eu- rope dans la voie périlleuse ils sont aujour- d'hui engagés. A l'exemple des Espagnols , cet illustre ministre s'est trop préoccupé de l'in- fluence du numéraire, et il n'y a pas vu qu'en dé-

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finitive chaque nation paie avec ses propres pro- duits les produits qu'elle tire de l'étranger, soit que l'étranger envoie de l'or , soil qu'il livre des marchandises. Il a partagé le préjugé commua ' à une époque la découverte récente des mines d'Amérique avait procuré à leurs heureux pos^- sesseurs une suprématie enviée des autres peu- ples. C'est pour obtenir sa part de l'or répandu en Europe que la France voulut avoir ses comp- tes soldés en espèces, malgré le cortège de vexa- lions de tout genre dont cette résolution devait être accompagnée. -

Jamais, il faut le dire, aucun paradoxe ne fut accueilli avec plus d'enthousiasme que celui sur

' Don Bernard de UUoa a signalé avec une grande lucidité Terreur générale de ses concitoyens au sujet des richesses mé- talliques :

« Quand nous' nous vîmes maîtres, dît-il, du Nouveau-Monde et de ses mines, nous crûmes avec confiance que ce vain titre nous assurait à jamais la jouissance de ces trésors; il nous sem- bla voir les natioâs dans une humble dépendance venir chercher chez nous le superflu de nos richesses. Abusés par cette flat- teuse chimère et contens de la beauté et du bon marché des étoffes étrangères, nous abandonnâmes le soin de nos manufac- tures; Tétranger profita d'une négligence si favorable pour éle- ver les siennes, et nous enleva bientôt par ce moyen, non seu- lement tout ce que les Indes nous avaient produit d'or et d'argent pendant plusieurs années, mais même les matières précieuses de notre cru, dont ses manufactures ne peuvent se passer. » [Du rélablissemenl des manufactures et du commerce d'Espagne, page 5.)

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lequel reposait toute la théorie du système mer- cantile. En France, en Angleterre , en Allema- gne, en Italie, en Espagne^ tous les écrivains se montrèrent unanimes à vanter les merveilles de l'isolement industriel, sans considérer que ce système se détruisait en se généralisant, et que Tespoir de vendre sans acheter serait perdu le jour chaque peuple voudrait forcer ses voi- sins d'acheter ^ns vendre. Les plus sa vans éco^ nomistes se firent les propagateurs de cette doc- trine, et il y en eut un sv grand nombre , que la seule nomenclature de leurs écrits occupera plu- sieurs pages de cet ouvrage'. L'administration ne tarda point à s'associer à leurs idées, qui ont donné naissance à tous les obstacles réservés à la grande réforme commerciale dont nous entre- voyons l'aurore. Si de grands intérêts privés ont été créés sous l'empire de ce préjugé, ce n'est point un motif pour désespérer des améliora- tions impérieusement réclamées par l'intérêt gé- néral. « Le licenciement d'une armée, dit Adam Smith, entraine bien aussi quelques inconvé- niens : faut-il donc demeurer dans un élat de guerre perpétuel, de peur de renvoyer qqdques soldats? »

Le système mercantile n'a vécu si long-temps que parce qu'il fut, dès le principe, revêtu d'une

* Voir la bibliographie raisonnée à la fin de ce volume.

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malédictions dont ii été accablé par les économis- tes du dix-huitième siècle; il règne encore de nos jours dans tes conseils des gouvernemens, et il maintieht, sous le masque d'un patriotisme in- téressé, tous les monopoles dont l'Europe souffre et se plaint.

Toutefois, il